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Angers. Quatre policiers devant la justice après un coup de tête

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Angers. Quatre policiers devant la justice après un coup de tête

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Quatre policiers sont convoqués ce mercredi devant le tribunal correctionnel d’Angers.
Un gardien de la paix est poursuivi pour avoir frappé un jeune interpellé pour une vérification d’identité. Trois de ses collègues de la Bac doivent s’expliquer après avoir menti pour le couvrir.

Quatre policiers sur le banc des prévenus. Ce mercredi 12 septembre, un gardien de la paix et trois hommes de la brigade anticriminalité (Bac) comparaissent devant le tribunal correctionnel d’Angers. Le premier pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique. Mais aussi, comme ses collègues, pour avoir rédigé un procès-verbal mensonger.

L’affaire démarre le 19 mars dernier, comme nous le révélions le 5 avril dernier. Vers 23 h, une patrouille de la Bac contrôle les passagers d’une voiture dans le quartier populaire de La Roseraie à Angers. Parmi eux, un jeune de 19 ans, sans ses papiers. Les policiers le conduisent au commissariat pour une procédure de vérification d’identité, qui peut aller jusqu’à quatre heures. Pour patienter, le jeune interpellé est placé dans la salle d’attente.

Du bruit dans les geôles
Dans les geôles de garde à vue voisines, le volume sonore atteint des sommets. Une vingtaine de minutes plus tard, les policiers de la Bac reviennent. « Un surveillant a dit que je l’avais insulté » , témoignait le jeune. Une affirmation contre laquelle il s’inscrit en faux. Il n’a pas le temps de protester : il prend un coup de tête. « J’ai beaucoup saigné » , racontait le jeune. Victime d’un coup de boule… et placé en garde à vue. Il y reste jusqu’à midi, le 20 mars. « Lors de ma première audition, j’ai dit que je voulais porter plainte. »

L’IGPN intervient
Pourquoi est-il passé de victime à suspect ? Sans doute à cause des procès-verbaux qui le désignent comme l’agresseur. Ce qu’ont écrit les quatre policiers, de concert. Mais il y a un os pour les tenants de cette version : la scène de violences a été filmée par des caméras. Le 20 mars, vers 19 h, le jeune est intercepté par deux policiers… de l’Inspection générale de la police nationale de Rennes.

Fonctionnaire en garde à vue
Placé en garde à vue quelques jours plus tard, le fonctionnaire, auteur présumé de l’agression, a été déféré au parquet. Il devait initialement comparaître le 18 avril, puis le 5 juillet. Mais son attente, sous contrôle judiciaire lui interdisant de contacter le plaignant, s’est prolongée jusqu’à ce mercredi. « Même des insultes ne justifient pas un coup de tête » , s’insurgeait Me Nathalie Paillard-Goustour, avocate du jeune.

« Il a été félicité pour ses bons états de services, des actes de bravoure et de dévouement » , notamment pour s’être interposé face à un homme armé, nous précisait une source policière. En proie à des problèmes personnels, il avait demandé à ne plus intervenir dans le cadre de la garde à vue.

Pas sa première affaire de violences
Et pour cause : le gardien de la paix a déjà eu affaire à la justice. En 2012 et 2013, il a comparu devant le tribunal correctionnel puis la cour d’appel d’Angers après une vive altercation, en novembre 2011… en garde à vue. Condamné en première instance, relaxé en appel. Sanctionné puis blanchi sur le plan disciplinaire.

« Pas lui qui choisit »
Entre-temps, il avait été affecté à l’accueil de la préfecture avant la suppression du service. « C’est vrai que le poste de gardien des geôles n’est pas prisé, convenait l’ancien directeur départemental de la sécurité publique, Francis Wetta. Mais ça n’est pas lui qui choisit. Il fait partie d’une section de roulement de nuit. Les gardiens de la paix, chacun leur tour, sont désignés par leur chef. » « Dans ces métiers où le sous-effectif est malheureusement la règle et les personnels requis au gré des besoins, le risque de débordement est permanent » , insiste Me Pascal Rouiller. Son client officie désormais en salle de commandement.

Rappel à la loi pour les mensonges des policiers
Son comportement n’est pas le seul en cause. Celui de ses collègues de la Bac, qui ont tenté de le couvrir en décrivant une scène manifestement aux Antipodes des faits montrés par la vidéosurveillance, l’est tout autant. Un temps, ils ont cru pouvoir échapper à un procès, le procureur d’Angers Yves Gambert ayant choisi un simple rappel à la loi pour les sanctionner.

La même justice pour tous
Ils accompagneront finalement leur collègue, cet après-midi, devant le tribunal correctionnel par la persévérance de la partie civile. « Il est face à une incompréhension, souligne Me Paillard-Goustour. Pour des faits aussi graves, il entend qu’ils en répondent devant une juridiction pénale au même titre que l’auteur présumé des violences. » Histoire de démontrer que la justice est bien la même pour tous.